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David Bill

Histoires de cube

 

David Bill est un jeune artiste qui ne craint pas d’affronter les difficultés : il a choisi la sculpture, il est abstrait, il utilise exclusivement le cube, qu’il décline en de multiples variations, il livre des œuvres pour le moins austères, constituées de plaques d’acier chromé soudées à la main, peintes d’une couleur noire ou blanche de façon industrielle et visiblement assemblées selon un calcul déterminé à l’avance. Aucune inspiration, aucune sensibilité, aucun savoir-faire particulier n’entrent dans ce travail qui se présente exclusivement comme une réflexion sur le volume et sur l’espace. Mais c’est l’essentiel de la sculpture.

 

A son tour, David Bill, né en 1976, a entrepris de s’en saisir dès ses débuts en tant qu’artiste, après qu’il avait reçu une formation de forgeron. Il a déjà exposé plusieurs fois depuis  2005  des travaux dont la simplicité apparente se nourrit d’une recherche d’une grande complexité où se trouvent privilégiés la structure et le rythme. David Bill utilise le cube comme forme mère, sans en retenir la masse, pour le couper, l’évider, le décomposer, le réassembler, enchaîner des figures et créer des nouvelles formes où se retrouve entre autres le motif de la colonne.

 

Les constructions ainsi obtenues, qui répondent à des systèmes pré-établis sont faites de plans disposés à l’horizontale, à la verticale et en oblique inclinée à 45°, que l’artste nomme Relations entre l’espace et le contraste (Raumkontrastverhältnisse). Ces dispositions créent des volumes mais aussi des reliefs, faits de pleins et de vides où jouent le lumière et l’ombre et que viennent renforcer ou contrecarrer les surfaces peintes alternativement en noir et en blanc.

 

On voit que la méthode de David Bill, les formes qu’il utilise et les résultats qu’il obtient font pleinement appartenir son travail à l’art concret, tel qu’il a été défini par Theo van Doeburg en 1930, nuancé toutefois d’une touche d’expressionnisme que lui confère l’utilisation de facettes, d’angles, de pointes, de prismes et de contrastes très accentués.

 

Tout de suite l’art de David Bill s’inscrit dans une famille, celle à laquelle appartient Andreas Christen, dont les reliefs sont constitués de facettes jouant avec la lumière. Plus avant, c’est bien entendu à la sculpture de Katarzyna Kobro dans les années 20 qu’il faut faire référence dont les constructions uniquement constituées de plans rectangulaires polychromés mis en rapport à l’horizontale et à la verticale agissent dans l’espace (Composition spatiale (2) de 1928, Muzeum Sztuki, Łodz) . Quelques décennies plus tard, un sculpteur se montrera à son tour préoccupé par la relation du vide et du plein qu’il exprimera avec force : il s’agit de l’artiste basque Jorge Oteiza qui a traduit le vide en le cernant avec les plans du cube, comme le montrent ses œuvres Désoccupation non cubique de l’espace de 1958-1959 et encore Hommage à Mallarmé de 1958 (Museo Oteiza Museoa, Alzuza).

 

Quant au contraste absolu du noir et du blanc auquel David Bill a recours, il a été illustré au cours de tout le XXe siècle depuis Frank Kupka et Pierre-Antoine Gallien, Josef Albers dans les exercices du cours préparatoire du Bauhaus, les gravures sur bois de Jozef Peeters et de Karel Maes jusqu’aux planches d’Auguste Herbin pour son livre L’art non-figuratif non-objectif. Les œuvres d’Aurelie Nemours, de Leon Polk Smith, de Guido Molinari, de Victor Vasarely, de François Morellet participent de cette « abstraction de l’abstraction »,  comme l’a rappelé l’exposition Histoires de blanc et noir Hommage à Aurelie Nemours, organisée en 1996 au Musée de Grenoble. Et sans doute, le Carré noir sur fond blanc de Kazimir Malévitch lui a-t-il servi d’inspiration pour la répartition des éléments de ses constructions dans l’espace. Ainsi le travail de David Bill apparaît-il riche et original, plein de promesses et s’inscrivant avec précision dans une histoire écrite depuis les origines de l’art abstrait. Il n’est pas indifférent de noter, à la fin, que David Bill est le fils de Jakob Bill et le petit-fils de Max Bill et de son épouse Binia qui a été une photographe réputée. Il s’agit d’une lignée d’artistes dont les œuvres ont déjà été réunies en 2009 dans une exposition intitulée  Bill Bill Bill. Le  travail de David Bill sera donc à considérer certes avec sympathie mais d’autant plus d’exigence.

 

 

                   Serge Lemoine

 

 

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