galerie denise rené
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christian megert

espace sans limite

 

du 6 juin au 21 septembre 2019

 

 

 

Connu pour avoir fait du miroir son matériau de prédilection, l’artiste suisse Christian Megert a bénéficié très tôt du soutien de la galerie Denise René. Après avoir consacré en 2018 une exposition à ses dernières créations, la galerie réunit cette fois-ci un ensemble d’œuvres historiques et actuelles qui témoignent du rôle majeur que l’artiste a joué sur la scène de l’avant-garde à partir du début des années 1960.

 

C’est à Bern, sa ville natale, que Megert a débuté sa carrière, après avoir suivi une formation à la Kunstgewerbeschule. En 1955, avec l’exposition du studio Postgasse, il montre pour la première fois son travail, des tableaux monochromes à la texture riche, structurés dans leur matière par des compositions dérivant du motif de la grille. 

Dans les années qui suivent, Christian Megert multiplie les contacts avec les artistes qui sont comme lui en quête de renouveau, en voyageant à travers l’Europe. Ainsi, à Paris, il bénéficie d’une exposition personnelle au « Club des quatre vents » en 1959. Manzoni lui propose cette même année de participer au premier numéro d’Azimuth. En 1960, il expose son travail avec Dieter Roth

 à Copenhague à la galerie Køpcke,tandis que l’exposition Neue Malereide la galerie du Kleintheater Bern présente ses monochromes aux côtés, entre autres, de ceux de Bram Bogart, Bonalumi, Castellani, Schoonoven et Peeters. Peu de temps après, Megert participe à une manifestation de plus grande envergure, devenue depuis historique, Monochrome Malerei, au Städtische Museum de Leverkusen, qui réunit une quarantaine d’artistes parmi lesquels ceux des groupes Zero (Heinz Mack, Otto Piene, Günther Uecker), Azimuth (Enrico Castellani et Piero Manzoni) mais également Klein, Leblanc, Mavignier, etc.

Dans ce contexte international particulièrement foisonnant et stimulant, Christian Megert se démarque avec la réalisation en 1960 de ses premières œuvres en miroir. Résultant de l’utilisation de débris de miroirs, elles reflètent l’espace environnant de manière fragmentaire et entrainent la dissolution totale de ce qu’on considère traditionnellement comme composition ; quant au spectateur, pris au piège des jeux de juxtaposition de points de vue et de fragments de vision, toute tentative d’appropriation  de l’œuvre de sa part semble vaine. 

Ayant conscience de la portée inédite d’une telle orientation plastique, Christian Megert se lance dans la rédaction simultanée d’un manifeste, Vers un Nouvel Espace(1961) qu’il publie dans quatre langues. Moins que d’y développer un programme ou d’élaborer des postulats, l’artiste y exprime sa volonté de changement. On y sent la volonté de bâtir, dans ces années de l’après guerre, une vie nouvelle, un espace sans frontière, qui laisse place à la création dans son sens le plus large possible : « je veux construire un nouvel espace, un espace sans commencement ni fin, dans lequel tout vit, où toute vie est stimulée. Cet espace sera tranquille et bruyant, immobile et en mouvement (…) Il sera gai, plein de vitalité, plein de couleurs et de mouvements, mais en même temps, il sera tranquille, plongé dans une profonde méditation (… )». Dans le dernier paragraphe du manifeste, Megert désigne le miroir comme étant le moyen le plus adapté à l’élaboration de ce nouvel espace : «  Si vous opposez un miroir à un autre miroir, vous trouverez un espace sans fin et sans limite, un espace aux possibilités illimitées, un nouvel espace métaphysique ».

De telles déclarations, aux aspirations libertaires, utopiques mais aussi transcendantales, font écho à celles du groupe Zero dont Christian Megert allait se rapprocher à partir de cette date, à l’occasion de nombreuses manifestations, jusque dans les années 1970. La première d’entre elles marque un moment important dans sa carrière : il s’agit de l’exposition Nulorganisée en 1962 au Stedelijk Museum d’Amsterdam où Megert présenta l’œuvre Mirror-Environment, son premier grand environnement, constitué, constitué de parois réfléchissantes fixes et mobiles. Cette œuvre invite le spectateur à jouer une part active, à vivre simultanément une expérience visuelle, corporelle et psychique. L’utilisation conjointe d’éléments fixes et mobiles le confronte au phénomène de l’instabilité, problématique qui était au cœur de la démarche d’autres artistes de la mouvance optico-cinétique (le GRAV, Gianni Colombo). En effet, le spectateur est plongé dans une atmosphère où les miroirs, se présentant sous des angles différents et en mouvement, reflètent une réalité qui est mise en pièce, déconstruite et en reconstruction permanente. 

En 1968, à l’occasion de la Documenta 4 de Cassel, Megert aura l’occasion de renouveler l’expérience de façon magistrale, en présentant dans la section « Ambiente » une nouvelle réalisation monumentale intitulée Environnement, où l’œuvre devient non pas uniquement lieu d’une expérience individuelle mais aussi celui d’un événement collectif. Cet Environnementrésulte du recouvrement total d’une pièce (du sol au plafond) de grands miroirs carrés. Le spectateur, lorsqu’il y pénètre, est confronté à une expérience perceptive intense, avec un phénomène de dédoublement à l’infini. Son corps entier est pris dans un espace sans fin, ce qui peut parfois provoquer une impression de dédoublement corporel et de vertige. L’organisateur de Documenta 4, Arnold Bode, n’avait pas sous estimé la portée révolutionnaire de cette nouvelle forme d’art : « l’art est en train de rompre avec les vieilles traditions (…). Les œuvres d’art prennent possession de l’espace. L’expérience visuelle devient globale. La réalité esthétique n’est plus simplement vue comme une partie, mais comme une unité qui embrasse tout, « un environnement » ».

À partir de 1964, Christian Megert franchit encore une étape décisive dans son travail en réalisant les Light Box, devenant ainsi l’inventeur d’un concept qui n’aura cessé de marquer des générations d’artistes, et aujourd’hui encore, que l’on songe aux réalisations de l’artiste chinois Chul Hyun Han ou à celles d’Ivan Navarro... Associant miroir, verre et néon, ces œuvres de Megert explorent avec une très grande efficacité la capacité du miroir à créer un phénomène d’infini. Par le rapport frontal qu’elle engage avec le spectateur, la light box hypnotise son regard, l’embarque de l’autre côté du miroir dont il devient alors le prisonnier. Megert, durant toute sa carrière, déclinera avec efficacité ces effets, notamment en reprenant le principe de la Light Box sous forme de diptyque ou de triptyque.

Dans ses créations ultérieures, Megert a continué à s’intéresser à l’emploi du miroir à échelle monumentale, avec par exemple les Mirror-Labyrinthet les Turning Doors. Il a également manifesté son inventivité et son ingéniosité dans le format plus classique du tableau (notons que l’artiste n’a jamais tenté d’explorer le pouvoir déformant des surfaces convexes et concaves). Dans certaines de ces œuvres, Megert renoue avec l’esthétique du fragment, employant des débris de miroirs que l’artiste aime souvent agencer suivant des formats dérivant du tondo ou du triangle. D’autres sont conçues dans un esprit plus proche de l’art concret, en procédant à la répartition sobre et équilibrée de figures géométriques simples sur fond monochrome. Dans les deux cas, Megert s’attache à explorer les effets de contrastes, en jouant de l’association de surfaces mates et de surfaces brillantes, de surfaces colorées et de surfaces neutres. Si le miroir constitue souvent un élément majeur de la composition, il est parfois utilisé avec parcimonie, apparaissant en deuxième plan, de manière presque subreptice, créant ainsi une impression de profondeur ou des reflets inattendus. 

Depuis près d’un demi siècle, Christian Megert exploite magistralement les ressources du miroir. Il a fait de cet objet de spéculation son meilleur allié, passant du réel au virtuel, du fragmentaire à l’infini, du construit au déconstruit, du visible à l’invisible. Par ce dépassement des oppositions binaires et cette permanente mise à l’épreuve de l’œil, Megert nous invite à nous interroger sur ce qui constitue l’essence même du regard pour aboutir à une perception élargie du monde. 

 

Domitille d’Orgeval

 

Dossier de Presse Christian Megert 2019.[...]
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